Que reste-t-il ?
De mes jeunes et tendres années, De ce pays tant aimé où je suis né, De cette rivière souvent furieuse Aux eaux fraîches et poissonneuses ? Que reste-t-il ? De ces petits ruisseaux vagabonds, De ces cascades qui font des bonds, De ces champs de blé de bleuets fleuris Entourant de grouillantes métairies ? Que reste-t-il ? De mon village de montagne reculé, De ma maison à la voisine adossée, Du clocher de l’église vers le ciel dressé Sonnant les heures du temps passé ?
Que reste-t-il ? De tous ces jeunes gens partis, Loin, ailleurs faire leurs vies, De toute cette population de vieux, Vivant souvent seuls ou à deux ? Que reste-t-il ? De ces beaux serments fougueux, De ces baisers brûlants et langoureux, Lorsqu’à la nuit tombée, échangés à l’abri Entre chiens et loups quand les chats sont gris ? Que reste-t-il ? De ce temps où mûrissent les cerises De ces longues heures très exquises A effeuiller les belles marguerites Avec des pensées très hypocrites ?
Que reste-t-il ? De ces amours à jamais perdus, De ces soirées de rendez-vous De ces bals sur la place publique De ces corps-à- corps diaboliques ? Que reste-t-il ? De ces 56 ans de notre mariage Vécu sans heurts et sans nuages, De l’engagement de notre amour Qui devait durer toujours ? Que reste-t-il ? De notre union trop tôt brisée Par le poison de la dégénérescence, De notre vie en communauté Dissoute dans la désespérance ?
Que reste-t-il ? Au soir de ma très longue vie Quand mes forces s’enfuient, Que, seule ma tête réagit Pour traduire encore mon ressenti ?
Réponse : Il me restera toujours ces souvenirs lointains Qui, en mémoire, me reviennent sans fin. Qu’ils sont doux à mon cœur, à mon esprit Toujours très épris d’amour et de vie…..
— Urbain Philippot