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❦ Deux plumes, une lignée

Urbain Philippot

Le vieil homme et les enfants

Un vieillard, dans son jardin potager, Plantait des arbres à fruits, des cerisiers. Il en avait déjà aligné une bonne dizaine En pensant cueillir les récoltes prochaines.

Un quatuor de jeunes et oisifs jouvenceaux Traînant leurs pieds dans le ruisseau Raillaient le vaillant vieillard, L’invitant à ne pas se coucher tard.

A quoi bon penser à l’avenir, Contentez-vous de bien vieillir. Vous ne goûterez jamais les fruits ; Bientôt, vous ne serez plus en vie.

Nenni ! Qui peut prévoir l’avenir ? Moi, à mon âge, je pense à en jouir. Le vieillard ne savait pas si bien dire, Quand plus tard, il apprit le pire.

L’un mourut noyé dans le port de Toulon, Un autre se tua en tombant d’un pont, Un troisième fut fauché par un camion, Le dernier trouva la mort par pendaison.

De l’âge de ses victimes la mort ne se soucie pas ; Jeunes ou vieux, elle frappe à l’aveugle dans le tas. Alors, plantons des arbres même pour le plaisir d’autrui ; L’espoir d’une récolte est un beau fruit pour aujourd’hui ! N’est-ce pas ?

— Urbain Philippot