Le nid de mon enfance
Il est dans ce village un toit recouvert de mousses Que l’acacia centenaire abrite de son ombre douce. Ses murs percés de portes et de grandes fenêtres Portent de larges traces humides de salpêtre. Hier, un feu de bois brûlait dans la grande cheminée Que mon père avec un fagot de chêne ramonait. Il était l’âme du foyer familial qu’il réchauffait ; Dans ses cendres chaudes, le repas mijotait. Devant la maison, une placette joliment fleurie Et un large banc de pierre pour être assis Sont les proches voisins d’une fraîche rivière Où les épouses, en matinée, à l’allure altière, Allaient jeter leurs grands seaux hygiéniques, Sans crainte des quolibets et des acerbes critiques. Dans ce champêtre décor ouvert à tous les vents, Je jouais aux billes et aux cartes le plus souvent Avec mes camarades de l’école communale Où j’apprenais les leçons des vertus morales. Le chemin pour s’y rendre passait devant l’église Où, en confession, le curé pardonnait mes bêtises. Aujourd’hui, le nid a changé de propriétaire, Mais, sentimentalement, je suis resté locataire.
C’est là que j’ai grandi, C’est de là que je suis parti En pensant pouvoir revenir. C’est ailleurs que je vais vieillir !
— Urbain Philippot