Aller au contenu
❦ Deux plumes, une lignée

Urbain Philippot

Être veuf

Le LAROUSSE donne la définition littérale suivante : « Dont le conjoint est décédé ». A mon avis, elle est incomplète ; elle revêt une toute autre dimension, plus subtile que la simple situation au regard de l’état civil. Je connais l’épreuve du décès et les affres du veuvage. Aussi, je veux témoigner ! ÊTRE VEUF, c’est être séparé de son épouse pour le restant de sa vie, de la mère de ses enfants, de la grand-mère de ses petits-enfants. ÊTRE VEUF, c’est se retrouver, seul, à la maison, de jour comme de nuit, à regarder les photos jaunies qui te transportent dans le souvenir de l’autre en repassant le film d’un passé nostalgique ÊTRE VEUF, c’est penser à la mort qui vient de frapper en te privant du bonheur d’une vieillesse à deux et en ouvrant l’éventail de la métaphysique. ÊTRE VEUF, c’est faire des visites régulières au cimetière et s’incliner devant la tombe où est enfermée l’épouse que tu ne reverras plus. ÊTRE VEUF, c’est être confronté aux corvées ménagères, domaine ordinairement confié à la maîtresse de maison. ÊTRE VEUF, c’est se coucher, le soir, dans un lit vide et froid, en passant des nuits blanches à regretter de ne pas avoir suffisamment aimé. ÊTRE VEUF, c’est pleurer le matin en se levant, c’est pleurer le soir en se couchant, la femme que tu as choisie pour épouse. ÊTRE VEUF, c’est rechercher le refuge sécurisant d’un cœur généreux, d’un esprit largement ouvert pour accepter ton passé que tu n’oublies pas. ÊTRE VEUF, enfin, c’est aussi vouloir vivre encore malgré le chagrin et la douleur de l’absence. ÊTRE VEUF, je ne le souhaite à personne......

— Urbain Philippot