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❦ Deux plumes, une lignée

Urbain Philippot

À mon père Joseph, dit, Marceau

Tu as épousé une fille d’un italien émigré ; Au mariage, elle était mineure, tu étais âgé. Elle vivait au printemps et toi, en hiver. De ta conquête, tu en étais très fier.

De votre union, naquirent trois enfants, Deux garçons et une fille la cadette Qui ont déserté le céans Partis ailleurs faire la conquête.

Tu étais loin d’être volubile, Tu ne lisais pas l’évangile. Tu n’as pas su nous parler ; J’aurais tant aimé t’écouter.

Trop jeune pour entrer en résistance, Je ressentais de la souffrance Quand la présence d’autres bouchers Venaient concurrencer ton métier.

De tes fortunes immobilières amassées, Il ne reste que les souvenirs du passé. Tu as connu les revers, les mauvaises affaires En confiant tes biens à des intermédiaires.

Entre toi et moi, un écart d’âge, une barrière ; Il manquait une génération intermédiaire. J’étais trop jeune pour te parler, Tu étais trop vieux pour m’écouter.

Et dire que si tu avais su me parler, Auprès de toi, je serai certainement resté. Mais, je ne regrette pas d’être parti Chercher ailleurs une autre vie.

Au village, tu avais une étable et une écurie, Au fond du jardin, une imposante porcherie, Et dans la montagne deux grosses métairies Qui ont ruiné toutes tes économies.

Après ton décès, le commerce a cessé d’exister ; La maison tant convoitée fut vendue à des étrangers. Le village dépouillé de ses activités est à l’agonie, Les forces vives ont déserté le pays.

Comme l’hirondelle, je reviens voir mon nid Dans ce cher pays de ma tendre jeunesse ; Mais, le soir venu, le cœur plein de tristesse, Je regagne Narbonne où désormais je vis.

— Urbain Philippot