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❦ Deux plumes, une lignée

René Pesenti

Le Marché de Puylaurens

Marceau était boucher charcutier et maquignon. Il achetait pour l’étal, les bêtes sur pied Que Rosine débitait en steak, gigot ou saucisson. Le mercredi il allait à Puylaurens se ravitailler.

Pour le trajet le Delahaye mettait deux heures. Marceau roulait par tout temps à trente à l’heure. Sans accident, les bestiaux finiront dans l’abattoir Ils ne sont pas faits pour mourir sur le trottoir.

Souvent il emmenait mon père pour le seconder Pour faire des affaires au marché, il fallait ruser. Marceau connu pour être dur en affaire devait combiner Voilà donc, comment les deux compères opéraient.

Ils faisaient incognito un rapide tour du marché Marceau indiquait à papa les bêtes convoitées. Ensuite mon père se présentait aux vendeurs, Il passait pour un pigeon en acceptant des prix hors valeur Je payerais et prendrais les bêtes en fin de marché A moins que vous n’obteniez un meilleur prix .Topez !

A la fin du marché le filou n’avait pas reparu Le paysan confiant n'avait pas vendu. Et sonsourire du début devenait rictus Car il n’y avait plus de client sur le campus

C’est alors que Marceau entrait en lice Par pitié, (disait-il), il offrait un prix dérisoire La vente, ainsi il emportait avec malice Car le paysans benoît devait s’accommoder du déboire.

Quand je n’avais pas école, j’étais du voyage J’avais le bonheur de faire parti de l’équipage Mes yeux remplissaient ma tête de clichés. Qui, aujourd’hui encore ne sont pas tous effacés.

Bruits, odeurs, et couleurs rendait le marché très vivant Les transactions se faisaient prestement, au comptant !. Les chèques, même au porteur, n’avaient pas cours Pas plus que les factures qui ne voyaient pas le jour

Les maquignons étaient des banques ambulantes Ils sortaient leurs gros billets de leur houppelande Tous y retrouvaient leur compte, sauf le percepteur… Malgré la vie dure, il y avait des petits bonheurs !

Sur le chemin de retour on s’arrêtait pour déjeuner Le restaurant de Viviers les montagnes était plein à craquer Il servait un menu unique, à base de cochonnaille J'hume encore le fumet des haricots à l’ail….

Vers dix sept heure nous étions de retour au Mas. La journée n’était pas finie. On retournait sur le tas. Marceau commençait à abattre les mammifères. Tandis qu’avec Urbain on désinfectait la bétaillère.

C’est à Puylaurens, ou j’ai eu mon premier stylo à bille C’était un stylo à quatre couleurs, Noir, bleu, rouge et vert. Cette Invention toute récente du baron Bic N’étaient pas autorisée à l’école toujours sectaire.

Seule la sergent major avait droit de cité, Pour faire pleins et déliés, taches et pâtés. Le stylo à bille dû faire de la résistance. Pour tirer les traits il entra en concurrence Et bien vite, car il était plus pratique : nul ne put le nier, A la joie des potaches, il supplanta plumes et encriers.

Ces jours de marché étaient pleins d’enseignements Le lever tôt et le coucher tard n’étaient pas un empêchement La « sanguette » ou les osselines que nous mangions le soir Effaçaient toute fatigue et je m’endormais comme un loir.

René Pesenti mars 2004 Sanguette : sang frais agité pour empêcher la coagulation cuit à la poêle avec ail et persil un délice Osselines, ou bavette : Diaphragme séparant l’estomac de l’abdomen .c’est le steak du boucher. Le sang et les osselines sont les seules parties consommables dés l’abatage. Les autres parties de la bête doivent refroidir trois jours.

— René Pesenti